CEEAC-Cemac : une intégration à bâton rompus

En la matière, l’Afrique centrale enregistre progressivement des avancées, même si des disparités demeurent d’un point à un autre.

La Commission économique des Nations unies pour l’Afrique centrale (CEA) présente le diagnostic de l’intégration dans l’espace communautaire. C’était le 5 juin 2024 au cours de la retraite ministérielle organisée sur instruction du président dédié, en prélude au Conseil des ministres du Copil/CER-AC. L’objectif étant de «lever tout équivoque sur les objectifs poursuivis par le processus de rationalisation des CER en Afrique centrale», renseigne-t-on au secrétariat technique du Copil. Agissant sur instruction du Secrétariat technique, la CEA procède à l’évaluation de domaines du commerce, la production, les infrastructures communautaires, la libre-circulation des personnes et l’intégration macroéconomique. «En Afrique centrale, le score général est de 0,442, soit supérieur à celui du continent. Contrairement à la plupart des CER, la CEEAC excelle dans le domaine de l’intégration macroéconomique, mais à l’instar de la plupart d’entre elles, elle est peu performante en matière d’intégration productive » ; indique le rapport conçu en prélude de la 6? réunion des ministres du Copil. Sur ce point, le Congo enregistre les meilleures performances à l’échelle de la CEEAC. À contrario, le Gabon, le Cameroun et le Rwanda, le Burundi, l’Angola et la République Démocratique du Congo trainent le pas.
De belles promesses
L’intégration infrastructurelle connait de beaux jours en Afrique centrale. Les projets intégrateurs de la Cemac y sont pour beaucoup dans l’embellie progressive enregistrée dans les liaisons intracommunautaires. L’engouement des investisseurs à participer au financement de ces projets routiers, électriques et de connectivité, entre autres, témoigne à suffisance de leur importance pour le développement économique dans la zone. «Les 11 projets intégrateurs prioritaires de première génération, qui ont fait l’objet de la première table ronde en novembre 2020, ont un niveau de démarrage de 80%. Pour la Cemac, la réalisation de ces projets intégrateurs, essentiellement infrastructurels, va intensifier l’intégration physique et commerciale» lit-on.

Points critiques
S’agissant du volet du commerce, le constat de la CEA est alarmant: «Les pays de la Cemac et de la CEEAC n’exportent pas ou n’importent pas entre eux les produits intermédiaires pouvant subir une première transformation dans un État et achever le processus de manufacture dans un autre. Le Cameroun enregistre seul la meilleure performance dans cette dimension. Il détient la part la plus élevée des importations intermédiaires de la région, et il vient en deuxième position pour les exportations intermédiaires derrière le Gabon». Pour en éclairer l’opinion, les données mises en exergue dans le rapport, la grande marge des exportations de l’Afrique centrale à destination du continent sont acheminés vers l’Afrique du Nord (280 millions de dollars, soit 8% de son potentiel d’exportation). Sur le plan de la production, les chines de valeur régionales sont en berne dans la Cemac et la CEEAC. Elle ne contribue qu’à hauteur de à 2,58% de la chaine de valeur mondiale des mines et carrières, 0,61% de transport, 0,55% de l’agriculture et 0,44% de bois et papier. Le Burundi, le Tchad, la Centrafrique, Sao Tome et Principe, connaissent les performances les moindres de la région.
Il n’en est pas mieux de la libre circulation dans l’espace Afrique centrale. L’institution onusienne estime que peu de progrès ont été réalisés dans ce sens depuis l’adoption du protocole relatif à la libre circulation et au droit des personnes en 1983. Pour en citer un dysfonctionnement, la CEA évoque l’exigence généralisée du passeport biométrique Cemac. «Toutefois, au sens de l’Union africaine, l’exemption de visa dans le cadre de la libre circulation des personnes constitue la première phase de cette liberté économique qui devrait intégrer le droit de résidence et le droit d’établissement. Les cinq États membres de la CEEAC non Cemac exigent des visas aux ressortissants de cette Communauté», apprend-on. L’Afrique centrale reste ainsi en deçà de la moyenne en Afrique (0,556). L’institution appelle à une convergence des politiques budgétaires et monétaires, à l’amélioration des réseaux de production et de commerce ainsi qu’à la rationalisation des CER.

Louise Nsana

Formation communautaire : Que s’ouvre l’ère de l’autonomisation

Les travaux de Yaoundé ouvrent également la voie à la rationalisation des écoles de formation à caractère sous-régional.

Le sort des institutions et écoles de formation communautaire de l’Afrique centrale constitue l’un des enjeux de cette sixième réunion du Copil/CER-AC. Alors que des réformes sont envisagées pour la réorganisation de la sous-région, en vue d’une meilleure intégration économique, la nécessité de palier au chevauchement des écoles communautaires entre elles, d’une part, et avec les écoles nationales, d’autre part, s’impose. «Il y a des études qui sont réalisées. À la fin, nous allons voir la possibilité de fusionner les écoles pour avoir des instituts un peu plus solides pour avoir une rentabilité au niveau des États et alléger les coûts dus à la prolifération de nos écoles», explique Baltasar Engonga Edjo’o en marge des travaux. La réduction des coûts ici escomptés entre en droite ligne des objectifs du processus de fusion de la Cemac et la CEEAC; dont un volet est lié à la résorption des problèmes liés à la multiplicité des pôles de dépenses des pays appartenant à plusieurs CER à la fois. Les réflexions sur la question ont porté autour de trois axes; l’autonomisation, le reversement ou la création d’une grande École communautaire.
Deux décisions importantes émanent des assises de Yaoundé. Elles sont prises sous réserve de l’approbation de la conférence des chefs d’États. La première porte sur l’autonomisation de l’Institut sous-régional de statistique et d’économie appliquée (ISSEA), l’École régionale de formation aux métiers de la navigation intérieure (ERFMNI), l’Institut sous régional multisectoriel de technologie appliquée (ISTA), le Centre Inter-États d’enseignement supérieur en santé publique d’Afrique centrale (CIESPAC).
L’autre volet de propositions concerne le reversement de l’École inter-États des douanes (EIED) à la Centrafrique, de l’Institut de l’Économie et des finances pôle régional (IEF-PR) au Gabon et de l’École de l’Hôtellerie et de tourisme (EHT-Cemac) au Cameroun. Ce dossier est transmis au président Paul Biya.

Louise Nsana

Les bons points de la rationalisation

Il y a tout de même des avancées enregistrées au cours de cette session, en lien avec la fusion de la Cemac et la CEEAC. Il s’agit des réformes majeures pour la mise en place des organes et institutions de la future communauté économique régionale. Quatre protocoles et conventions reçoivent à Yaoundé l’avis favorable des ministres du Copil. C’est à ce titre que les participants se sont penchés sur quatre textes organiques, à savoir: le projet de convention régissant le Parlement communautaire, le projet de convention régissant la Cour de justice et des droits de l’Homme, le projet de plan de transition, le projet de protocole régissant la Haute autorité monétaire et celui sur la haute autorité des marchés financiers.
«Les participants ont eu des échanges fructueux sur l’octroi d’une compétence quasi-législative, le mode de désignation des parlementaires, le régime d’incompatibilité ainsi que les rapports d’influence entre l’exécutif communautaire et l’institution parlementaire», établit le communiqué final. La Haute autorité monétaire et bancaire de l’Afrique centrale endosse une casquette d’administration de mission et est de ce fait appelée à disparaitre dès la fin. Elle est appelée à produire une feuille de route en vue d’une monnaie unique et d’une banque centrale commune. Elle se doit de faciliter la circulation des six monnaies existantes dans les onze États.
S’agissant de la réorganisation des marchés financiers en Afrique centrale, l’enjeu à terme des échanges porte sur le passage de trois marchés financiers (celui de la Commission de surveillance des marchés financiers de l’Afrique centrale (Cosumaf), de l’Angola et du Rwanda) vers une entité unique. Ces avancées s’ajoutent aux acquis des précédentes sessions du Copil à savoir: la mise en place d’un cadre de concertation, la validation d’un projet de tarif extérieur commun, l’unification des deux zones de libre-échange, entre autres.

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