Le commerce de ce gadget s’épanouit lors des levées de corps.

«Un cache-nez? c’est ce qu’il vous faut pour voir le corps». Ceux qui vous le disent à l’entrée de la morgue sont des enfants et des femmes. Pour eux, la foule immense désireuse d’assister à ces levées, constitue un gros marché. Pour la petite Naomi,10 ans, le recul du Covid-19 au Cameroun n’a pas réussi à gâcher la vie du cache-nez. «C’est ici qu’il se vend mieux», balance la gamine. Plutôt que d’enlever la tenue de classe, elle met une autre robe au-dessus. Dans le sac de classe, se trouvent des paquets de cache-nez. Pour proposer sa marchandise, la fillette court dans tous les sens à l’entrée de la morgue d’Ekounou «100 – 100 le cache-nez!». Sa cible: les parents qui viennent déposer ou retirer un corps.
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Selon les dires de Naomie, ses ventes caracolent à 20 000 FCFA chaque vendredi. Grâce à cette vente de cache-nez, Naomi est un poids lourd économique au sein de sa famille, «c’est avec la vente des cache-nez que je soutiens ma mère et ma scolarité est aussi assurée», précise la jeune commerçante.
Pour Augustin, un garçon d’environ 10 ans, ses gains dépendent du nombre de dépôts et de retraits de cadavres à la morgue. «Les jours où il y a beaucoup de mouvements, je préfère travailler de 8 h à 12 h, car c’est la période où il y a le plus de fréquentation et là, je vends bien».
Dans cet endroit où ne grouille pas moins de 20 vendeurs de cache-nez, Suzanne adopte une autre stratégie pour écouler ses caches nez: celle des packs. Elle ajoute subrepticement 1 000 FCFA dans la facture des gerbes de fleurs. Une fois la facture payée, le client reçoit les 10 cache-nez avec la gerbe. Après cette étape, elle explique: «pour entrer à la morgue, les militaires exigent le port du cache-nez et nous nous anticipons pour faciliter la tâche».
N’ayant pas le temps de se rendre au marché central de Yaoundé pour s’en procurer, Jean, haut cadre dans l’administration publique camerounaise à la santé fragile, achète ces artefacts de protection à l’entrée de la morgue militaire d’Ekounou. «Je passe fréquemment par ici pour me rendre au travail. J’ai donc constaté une forte présence des vendeurs de cache-nez. Je ne me suis pas rendu compte que je suis devenu un gros client», assure Jean.
Le fonctionnement est différent du côté de l’hôpital Central de Yaoundé. L’on retrouve les cache-nez dans n’importe quelle échoppe, dans les secrétariats bureautiques et les écoles de formation environnantes. Georges, un gérant de secrétariat, affirme avoir ses meilleures recettes les jeudis et vendredis, jour où l’on a le plus grand nombre de levées de corps. «Je dois toujours m’assurer que mon stock de cache-nez est en place. Il me faut 10 paquets par semaine», dit-il. Il renseigne alors qu’il existe très souvent des clashs entre les gérants et propriétaires de secrétariat: «les boss ayant compris qu’il y a beaucoup d’argent dans la vente des cache-nez, cherchent parfois à contrôler le business et les gérants ne l’acceptent pas. Parce que c’est le petit bénéfice qu’il peuvent avoir», assure-t-il. Ainsi, si la morgue a été construite pour conserver les cadavres, elle est aussi devenue une opportunité pour certains de se faire un peu d’argent, profitant des besoins immédiats des familles endeuillées.
André Gromyko Balla