Jeunes diplômés au chômage : entre siens et loups


Si la plupart des indicateurs économiques brandis par le président Paul Biya dans son message à la jeunesse le 10 février dernier sont au vert, la réalité n’en finit pas d’égorger et d’ensabler plusieurs rêves.


De façon insistante, des économistes soulignent le cas des millions de jeunes camerounais vendeurs à la sauvette. «Après des années d’études, beaucoup de jeunes se retrouvent confrontés à une réalité implacable: les offres d’emploi sont rares, les exigences des employeurs souvent élevées, et les réseaux professionnels nécessaires pour décrocher un poste demeurent inaccessibles. Ils sont pour la plupart nantis des diplômes du secondaire et de l’Enseignement supérieur, qui exercent dans ce secteur informel pour répondre à leurs problèmes existentiels», expose Denis Zanga, économiste et consultant auprès d’un cabinet d’insertion socio-professionnelle des jeunes basé à Yaoundé. Selon lui, «cette situation désastreuse prévaut depuis très longtemps sans qu’aucune politique, aucun plan pour l’emploi, ne soit parvenu à l’améliorer». Gérard, vendeur de chemises de seconde main au lieu-dit Poste centrale témoigne: «Nous avons tout essayé, j’ai essayé plusieurs concours au pays, rien ne marche, mes parents sont à la retraite, il y a urgence aujourd’hui de l’assumer».


Dans un contexte où le chômage des jeunes est un fléau persistant, le soupçon s’installe à l’encontre des chômeurs: font-ils bien tout ce qu’il faut pour s’en sortir, recherchent-ils activement un emploi, veulent-ils vraiment travailler? Si certains perçoivent la vente à la sauvette comme une forme de résilience, d’autres affrontent de diverses manières cette expérience qui prend pour eux des significations contrastées et y voient un tremplin vers des opportunités économiques plus stables. Entre temps, beaucoup sont révoltés contre le gouvernement. Ceux-là sont aux prises avec une colère assourdissante. «Malgré mes compétences, je peine à décrocher un emploi. Quarante-neuf ans, je commence à trouver cet âge trop vieux. Vous comprenez pourquoi ma confiance s’étiole, mes amis s’éloignent, mon foyer prend de l’eau. Tout ce dont je rêvais est passé. Dans cette posture, on a mille combats: Un combat face à la conjoncture actuelle, un combat face au regard des autres, contre l’image que l’on renvoie, contre soi, surtout», se lamente Justin, diplômé en informatique. Actuellement, il compte sur la création de marchés encadrés, la fourniture de formations professionnelles ou l’octroi de micro-crédits qui pourraient transformer son quotidien.


Marie Noëlle Etoungou (stagiaire)

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