La question était au cœur d’un conclave du 24 au 26 juillet 2024 à Douala.
L’implémentation du système Licence, Master, Doctorat (LMD) dans la plupart des universités de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) peine à atteindre les résultats escomptés. Les Systèmes d’enseignement supérieur (SES) de la sous-région éprouvent d’énormes difficultés à s’adapter aux exigences internationales et aux besoins de contextualisation des formations. Le diagnostic de SES montre à suffisance l’étendue des contraintes qui entravent leur arrimage effectif au système LMD. «Il y a un exercice qui a été fait en 2021 et qui a montré que les résultats n’étaient pas très satisfaisants. Les différents États de la communauté ne sont pas au même niveau. En plus de cela, les objectifs qui sont assignés dans le cadre de la mise en œuvre du système LMD, semblent ne pas être vraiment atteints», regrette Fulgence Likassa-Bokamba, Commissaire en charge du département de recherche et du développement social chargé des droits de l’homme et de la bonne gouvernance (DERDS).
L’atelier de validation de la méthodologie et des outils de collecte des données en vue de dresser l’état de mise en œuvre du système LMD dans l’espace Cemac, tenu du 24 au 26 juillet 2024 à Douala est une recommandation de la conférence des recteurs des universités et des centres de recherches de la zone Cemac. Il est question lors de ces assises, comme l’indique le thème, de «rapprocher les établissements d’enseignement supérieur du marché de l’emploi, et faire des systèmes d’enseignement supérieur des Etats membres de la Cemac, un véritable outil d’intégration régionale».
Cette rencontre est organisée pour préparer les enquêtes de terrain qui se feront très prochainement dans les pays concernés. Aussi bien dans les universités que dans les centres de recherches pour mesurer le niveau d’exécution de la mise en œuvre du système LMD. «Là où il y a besoin de renforcement, que cela soit identifié pour qu’au sein de nos régions, on identifie aussi les structures capables de pouvoir assurer ces renforcements de sorte que nos Etats aillent de façon cohérente et harmonisée dans la mise en œuvre de ce système LMD qui est un élément important d’intégration sous régionale», précise le DERDS.
Les résultats des travaux seront présentés à la conférence des recteurs des universités pour qu’une analyse et des conclusions soient tirées. A partir de ce moment, des éléments conduiront probablement à une réunion des ministres de l’Enseignement supérieur pour proposer des actions concrètes afin d’amener la sous-région à être à un niveau acceptable.
Diane Kenfack
Ils ont dit…
Pr. Cyriaque-Rufin Nguimalet, expert système LMD-Cemac RCA
«Nous avons initié des enquêtes pour essayer les faiblesses en vue d’y palier»
Le système LMD a démarré en Centrafrique aux alentours de 2005 après qu’il eut des réunions à l’échelle régionale. C’est vrai que ça fait un peu plus de 10 ans que ce système est opérationnel, mais il y a des imperfections, des lacunes dans l’opérationnalisation. Et même déjà à l’échelle nationale, nous avons initié des enquêtes en cours pour essayer de voir les faiblesses en vue d’y palier. L’atelier auquel nous sommes présentement à Douala vient comme un chapeau pour essayer de mieux cerner les difficultés, et pour qu’on définisse les moyens du point de vue méthodologique et technique afin que globalement chaque pays essaye de participer à cet état des lieux à l’échelle régional, pour voir quelles sont les faiblesses par pays et à l’échelle de l’espace Cemac. Qu’est-ce qu’il faut faire? Par quels organes ou institutions on peut s’appuyer pour essayer de créer un équilibre, de renforcer les capacités pour qu’à l’échelle régionale nous puissions avoir de l’efficience dans l’opérationnalisation et surtout dans la semi pré officialisation de la formation du système LMD pour aider les jeunes bien formés à avoir la possibilité de s’intégrer dans la vie sociale.
Pr. Jean-François Owaye, expert système LMD-Cemac Gabon
«Il faut aller vers une harmonisation probante»
Nous sommes partis d’un constat: c’est que depuis 2005 que le système LMD a été implémenté dans la zone Cemac, il y a beaucoup de retard et aujourd’hui le système n’est pas véritablement harmonisé. Donc il faut aller vers une harmonisation probante. C’est pour cette raison que nous nous sommes retrouvés ici à Douala pour mettre en œuvre les outils d’une enquête globale au sein de la sous-région. De tirer les enseignements qui puissent nous permettre de trouver des solutions pour essayer de remettre à flot le système LMD dans notre région.
Pr. Aimé Christian Kayath, représentant ministre ESRS, République du Congo
«Aller vers une harmonisation au niveau sous régional»
Les travaux que nous avons menés ici ont été d’une importance capitale. Cet atelier nous a permis de revisiter le logiciel stratégique du système LMD au niveau de la zone Cemac. Cette réunion est d’autant plus importante que ses résultats permettront aux équipes pluridisciplinaires d’aller sur le terrain, d’évaluer et de ramener les résultats afin de pouvoir les harmoniser au sein de la sous-région Afrique centrale. Avant, il y avait une certaine résistance au niveau de nos universités de la zone Cemac. Aujourd’hui il ne s’agit plus de résister, ni de se retenir pour pouvoir être contre ce système LMD, mais plutôt aller vers une harmonisation au niveau sous régional.
Pr. Madjindaye Yambaidje, expert système LMD-Cemac Tchad
«Il faut développer des outils qui permettent une bonne application du système»
C’est une opportunité pour le Tchad parce que le système LMD y est appliqué depuis 2008. Mais de nos jours, on constate toujours qu’il y a des disparités dans l’application d’une institution à une autre. Nous avons une vingtaine d’institutions d’enseignement public. L’application pose problème, et lorsque nous nous retrouvons ici au niveau de la zone Cemac, c’est l’occasion pour mettre toutes nos difficultés ensemble afin de chercher les voies et moyens pour régler ce qu’il y a à régler et de faire en sorte que nous puissions parler le même langage. Il faut développer des outils qui permettent une bonne application de ce système qui permet à l’enseignement supérieur de retrouver ses lettres de noblesse et d’être au niveau de qualité et de compétitivité requises. En 2021 un tel travail a été fait, mais il a manqué de suivi pour pouvoir arriver aux résultats escomptés. Le Tchad espère avoir des échanges relativement fructueux avec les amis du Congo, du Cameroun, du Gabon, de la Guinée Equatoriale et de la Centrafrique pour pouvoir arriver à des résultats qui puissent aider la sous-région à émerger.
Pr. Marcel Fouda Ndjodo, représentant Minsup Cameroun
«Permettre une intégration intellectuelle heuristique, cohésive»
Nous avons 6 pays avec 6 systèmes d’enseignement supérieur différents. Je prends le cas de la Guinée Equatoriale qui est un pays de traduction hispanisante avec des tailles des systèmes d’enseignement supérieur qui sont différents. Au Cameroun 11 universités d’Etat, 400 instituts privés d’enseignement supérieur, près de 600 mille étudiants. A côté le Tchad avec 50 milles étudiants. Donc les problèmes ne sont pas les mêmes d’un pays à un autre. Mais le but c’est qu’à terme on arrive à un système d’enseignement supérieur harmonisé en zone Cemac, qui permet non seulement une intégration économique des Etats de la Cemac, mais aussi une intégration intellectuelle heuristique, cohésive. On arrive à l’intégration des intelligences en Afrique centrale.