Tony Obam Bikoué : touché, pas coulé

Pendant qu’une partie de la pièce se joue dans les réseaux sociaux, le capitaine d’industrie, acteur principal oblige les spectateurs enrhumés à se moucher.

Le chant du cygne et les bruits de la curée ont beau couvrir son aura en cette mi-février 2025, il reste quelque chose du destin de Tony Obam Bikoué: Être cité en exemple par le président de la République. Obtenir solennellement des galons de capitaine d’industrie, c’est l’exploit accompli pour ce natif du département de l’Océan (région du Sud) le 10 février dernier devant tout le pays. «Sa place, il a dû la gagner. Un jeune dont le nom orne un discours présidentiel, cela vaut forcément une visibilité, une reconnaissance auprès de l’establishment politico-médiatique national et international. Et par là, nous voyons un modèle: celui d’un nouveau tycoon de l’entreprenariat jeune», résume un proche.


Bon client médiatique
Invité du magazine Club d’élites sur la chaîne de télévision privée Vision 4 ce 16 février 2025, Tony Obam Bikoué n’a pas dérogé à cette réputation. Se sachant très regardé, il se présente comme le reflet d’une époque qui érige le travail et l’endurance comme valeurs premières. Et il est tout à fait clair sur ce point lorsqu’il déclare être de la trempe de ces grands capitaines d’industrie dont le Cameroun a le secret, voire le monopole. Faisant preuve d’une envie de bien dire des choses d’un bout à l’autre de son entretien avec le présentateur Bruno Bidjang, Tony Obam Bikoué manœuvre avec finesse pour distraire son image de jeune entrepreneur flamboyant et charismatique, au profit de celle liée autant à sa passion pour les affaires et à une incurable envie de se surpasser héritée de l’enfance.


De quel type de «jeune capitaine d’industrie» Tony Obam Bikoué est-il le nom ? Quels sont les regards qui sont portés sur lui et de quelle façon faut-il le regarder ? Réfléchir à ces questions se révèle une tâche redoutable, tant l’expression court depuis peu sous la plume des observateurs et des acteurs de la vie économique, des journalistes, des influenceurs et autres biographes de toutes les farines. De là, il est sans doute opportun de rappeler la carte de visite de l’homme. Grand Prix «Agri-d’Afrique»; Prix de l’Excellence Managériale 2023; tout-premier bénéficiaire du Programme triennal spécial jeunes; ambassadeur du Youth Connect; Mascotte nationale du patriotisme et du civisme; tout premier Coordinateur de la ceinture agricole autour de la ville industrialo-portuaire de Kribi; porte-fanion du Programme de révolution agricole du président Paul Biya; tout-premier président national de l’Association nationale des acteurs de la filière banane-plantain du Cameroun; directeur général et PCA de plusieurs sociétés; défenseur des grandes causes morales comme la solidarité… «C’est long comme le bras», soupire l’une de ses connaissances. Et au concerné de le confirmer ce 16 février 2025 sur le plateau d’Actualités Hebdo diffusé sur la CRTV: «Tony Obam est dans est dans l’incubation, Tony Obam est dans l’immobilier, Tony Obam est dans la production du poulet, Tony Obam est dans l’événementiel, Tony Obam est dans le Centre d’incubation de référence internationale FBPC de Kribi à Mbébé».


Compétences
En tout cas, Tony Obam Bikoué, du haut de sa stature passe-partout, gère au quotidien l’extraordinaire champ de complexités et de coups qui entoure un tel profil. Certains le considèrent même comme un maître dans l’art de faire converger vers lui différents acteurs pour mieux maîtriser des contraintes bien souvent divergentes pour ses affaires. D’autres disent qu’il œuvre inlassablement à la recherche de consensus. D’autres encore, le plus souvent, confinent son nom dans des métaphores: «homme aux mille vies», «entrepreneur conquérant qui sait se mettre dans la poche de l’establishment politico-diplomatico-économique». Et il y en a qui, pour parler de Tony Obam Bikoué, font fleurir sa vision, sa passion, son sens de l’écoute. «Bref, un homme qui, loin des tâtonnements stratégiques, sait façonner et réinventer continuellement autant les ressources mobilisées que les opportunités saisies», résume le journaliste Zéphyrin Koloko, l’un de ses amis. Et Armelle Kenmogne (ingénieur commerciale basé à Douala) d’appuyer: «Tony, c’est un ensemble de compétences reposant sur la mobilisation de ressources à portée de main, la recombinaison des ressources vers de nouveaux buts, la capacité à dénouer une situation et la facilité à lever des contraintes importantes dans un contexte de ressources financières limitées».


Le crédit que l’on accorde à ce qui est ainsi dit tient sur le fait que Tony Obam Bikoué est désormais à la tête d’immenses capitaux, grâce à la filière banane-plantain. Au sein de celle-ci, il a conduit lui-même un parcours exceptionnel dont les péripéties font aujourd’hui l’objet d’une mise en récit exploitable. «Lorsque le président de la République demande de s’inspirer d’un parcours, c’est clair que ce parcours est positif et inspirant», postule le ministre Grégoire Owona. «Tony Obam Bikoué fait partie de ces jeunes Camerounais à l’esprit primesautier qui ont très vite saisi les opportunités qu’offrent la terre et la transformation des produits de la terre. N’est pas agro-industriel qui veut, mais est agro-industriel qui peut. Et, il est de notoriété publique que le Président National de l’Association nationale des acteurs de la filière banane-plantain au Cameroun, s’illustre brillamment dans ce secteur pour lequel il a consacré sa vie», écrit Zéphyrin Koloko.


Mise au point
Dans ce cas, Tony Obam Bikoué est ce jeune qui, depuis la vingtaine, s’est proposé de tailler à sa mesure la conception angélique, mais inopérante que l’on se fait encore de l’entrepreneur dans le monde académique. «Il est l’incarnation de la pratique des affaires», souligne Armelle Kenmogne. Et dans la «pratique des affaires» justement, il y a des hauts et des bas. A en croire Grégoire Owona, il n’est pas commode de se réfugier dans des poncifs par paresse intellectuelle. Plus clairement: «Ne vous braquez pas sur les incidents de parcours consubstantiels à toute vie d’entrepreneur, mais sur l’ensemble et sur les résultats obtenus et à venir». Plus clairement encore, il n’y a pas lieu de considérer que les conditions d’un dépôt de bilan étaient réunies autour de l’empire du président national de l’Association nationale des acteurs de la filière banane-plantain du Cameroun.
Sur Vision 4, ce 16 février 2025, le capitaine d’industrie évite de s’arrêter et de ne pointer que certains revirements, certaines manigances, et autres coups tordus. Il parle essentiellement de la stratégie qui sous-tend son projet: vendre de la banane-plantain partout dans le monde, quel que soit le contrepoint ourdi par quelques rouleaux compresseurs.

Jean-René Meva’a Amougou

Qui a la main, Tony Obam ou ses détracteurs ?

Durant une semaine de divagation, le Cameroun s’est pris à entendre tout au sujet d’un jeune entrepreneur agricole cité en exemple par Paul Biya lors de son adresse à la jeunesse le 10 février dernier. Ici et là, le chef de l’Etat a été indignement culpabilisé d’avoir inscrit le président national de l’Association nationale des acteurs de la filière banane-plantain au Cameroun sous le feu des projecteurs. Paul Biya a presque été sommé de mettre un genou à terre en signe de contrition. Par leurs descentes inopinées dans le ranch de Tony Obam, par leurs écrits et déclarations officieuses ou officielles, quelques figures administratives et politiques du département de l’Océan, ainsi que des hauts cadres de certaines multinationales en embuscade ont fini par nous donner le tournis avec leurs spectaculaires cascades.


Mais seulement voilà ! En insistant sur les profils de ceux qui se sont mis en scène, leurs représentations et leurs expériences, l’affaire est à considérer comme l’une des séquences d’un face-à-face installé depuis longtemps dans le sérail. Les batailles rangées entre quelques acteurs politiques et économiques qui, d’ailleurs, n’ont plus rien d’inédit, posent d’ores et déjà le scénario de l’élection présidentielle de cette année au Cameroun. Ce duel à distance oblige à analyser avec beaucoup d’équilibre les multiples facettes de la guerre : aspects diplomatiques, dimensions économique, sociale et politique. Entre personnages proches ou éloignés de Monsieur Biya d’une part, et ceux proches ou éloignés de son épouse d’autre part, tous ne ratent aucune occasion pour nous rappeler que les batailles pour le pouvoir et ses enjeux vitaux ne sont plus aujourd’hui proches de zéro.

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