Les deux organismes mènent des réflexions en vue de l’harmonisation du cadre législatif phytosanitaire dans la sous-région à Douala.
Les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) éprouvent des difficultés pour exporter les produits agricoles vers les marchés internationaux. Selon une note de la Commission européenne en charge de la législation phytosanitaire datant du mois d’avril 2022, les six pays de la zone Cemac font partie de la liste noire des pays interdits d’exporter certains produits agricoles vers l’Union européenne (UE). Parmi ces produits, il y a la mangue, la papaye, la goyave, du poivron, des aubergines et la tomate. Ces fruits et légumes destinés à l’exportation vers l’UE sont en sursis à cause de leur qualité questionnable et des failles observées dans les systèmes nationaux de contrôle sanitaire et phytosanitaire.
«Depuis des années, on se soucie de la santé humaine, de la santé des animaux. Et il est aussi grand temps qu’on se soucie de la santé des végétaux», affirme Jean-Louis Mihindou Doukala, directeur général du pôle régional de recherche appliquée au développement du système agricole d’Afrique centrale (Prasac). Nous sommes le 24 juin 2024 à Douala, au cours de la cérémonie du lancement du projet de «contribution à l’harmonisation du cadre législatif phytosanitaire en Afrique centrale». Globalement, apprend-on, ce projet qui a bénéficié d’un appui financier de l’ONG « va permettre d’harmoniser le cadre législatif phytosanitaire de sorte qu’un produit qui part du Cameroun pour le Gabon, du Tchad ou de la Centrafrique, soit sain. Au niveau de notre sous-région, les produits peuvent circuler sans qu’on fasse trop d’attention. Mais une fois en Europe, il y a des laboratoires qui les analysent», indique le DG du Prasac. Le financement du projet, estimé autour de 1,3 million de dollars, sera beaucoup plus axé sur les formations initiées à l’endroit de tous les techniciens de la sous-région qui s’occupent des végétaux.
Selon Francial Giscard Baudin Libengue-Dobele, commissaire en charge du département des infrastructures et du développement durable (DIDD). «C’est un projet capital pour les pays de la sous-région. Car il constitue une réponse adéquate majeure pour la sécurité alimentaire et la conquête du marché extérieur pour les produits agricoles cultivés dans notre sous-région». Objectif, mettre en application une sélection des modules de l’outil d’évaluation des capacités phytosanitaires de la convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV) dans les États bénéficiaires et actualiser les cadres législatifs phytosanitaires nationaux à travers une règlementation harmonisée au niveau sous régional.
Instabilité
L’agriculture en zone Cemac souffre de rendements peu élevés et d’une faible compétitivité des produits agricoles. Ces insuffisances sont principalement dues à la présence d’une grande diversité de nuisibles. À cela, s’ajoutent la menace de la sécheresse; l’instabilité de l’activité agricole due aux troubles socio-politiques. Les constats faits à ce jour prouvent à suffisance que les producteurs ou les consommateurs finaux connaissent très peu les produits qu’ils utilisent et encore moins les effets néfastes liés à leur manipulation incontrôlée.
En effet, en dépit de la délivrance aux exportateurs de certificats de conformité après contrôle de leurs produits, des volumes importants de résidus et autres substances nocives, aussi bien à la santé qu’à l’environnement, ont souvent été découverts dans les fruits et légumes. «Vous êtes au courant de ce qui se passe sur le formol par exemple, et c’est à nos institutions de veiller à ce que le formol, dont l’usage, semble-t-il, est abusif, ne soit pas généralisé, ne se pratique même pas. Parce que ça met en péril la santé des consommateurs», a expliqué Jean-Louis Mihindou. Selon la FAO 4,6 millions de tonnes de pesticides chimiques sont pulvérisés dans le monde chaque année, ce qui équivaut à 146 Kg par seconde. Bien que les pays en développement représentent les 25% de la consommation mondiale de pesticides, ils enregistrent 99% des décès dus à leur utilisation.
C’est dans cette perspective que le Cpac et le Prasac se proposent dans le cadre de ce projet de: renforcer les capacités des États membres à travers les modules évaluation de capacité phytosanitaire (ECP) développé par la convention de protection des végétaux et mettre ainsi à la disposition des États membres un cadre règlementaire régional harmonisé.
Solution adéquate
Pour ainsi maximiser ces rendements, l’utilisation des pesticides constitue un élément catalyseur. Cependant, bien que ces pesticides soient la solution idéale pour accroitre la production agricole, il n’en demeure pas moins que leur mauvaise utilisation représente un véritable danger pour la santé des populations, mais aussi et surtout pour l’équilibre de l’environnement.
Le projet intitulé «Contribution à l’harmonisation du cadre législatif phytosanitaire en Afrique centrale» (STDF/PG/768) est le fruit d’un don pour l’élaboration de projets (DEP), accordé en fin 2021 pour une exécution annuelle. Ce DEP a été mis en œuvre avec l’appui technique et financier du Fonds pour l’application des normes et le développement du commerce (STDT) qui a été commis par un consultant international appuyé par des consultants nationaux. Le Prasac et le comité inter-État des pesticides d’Afrique centrale (Cpac) ont assuré la coordination des activités ainsi que la facilité d’accès aux informations dans les pays membres de la communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Ce DEP a permis d’obtenir un document de projet qui a été validé et soumis à STDF pour financement.
Il va de soi que ces insuffisances dans un contexte où les États ont adopté le principe de la libre circulation des biens et des personnes, notamment avec leur adhésion à la zone de libre-échange échange continentale (Zlecaf), qui vise à harmoniser ces cadres juridiques commerciaux sur le continent africain posent problèmes.
Diane Kenfack