Des opérateurs économiques ont profité de l’estrade des Rencontres Economiques du Cameroun pour mettre à nu les entraves à la mise en œuvre des PPP.

«Hum… Mieux, on n’en parle pas!» Répondant à une question qu’un jour- naliste lui pose (sur le ton de la plaisanterie) au sujet de ce qu’il pense du «modèle de PPP à la camerounaise», un chef d’entreprise fait l’éco- nomie de ses mots. Entre pe- tits et grands patrons présents dans un hall plein à craquer, les rires fusent. Celui qui ra- conte cette séquence à Inté- gration ce 28 février 2025 ren- tre des Rencontres Econo- miques du Cameroun. Ou- vert du 26 au 27 février der- nier à Yaoundé, le grand raout du business et de l’éco- nomie organisé par le Grou- pement des Entreprises du Cameroun (Gecam) a dé- noncé les entraves à la mise en œuvre des PPP au Came- roun. Selon Jean-Marie Nka, journaliste spécialiste des questions économiques (et non moins modérateur des échanges portant sur le thème «Place de la gouvernance dans la compétitivité des en- tités publiques et privées»), «la litanie fait état de l’im- préparation, de l’inadaptation du cadre juridique, des lo- giques mercantilistes, des lourdeurs administratives et de l’appropriation insuffi- sante du concept PPP».
«Diatribes»
Alors, experts des mar- chés publics et patrons ont profité de l’estrade à eux of- ferte par les Rencontres Eco- nomiques du Cameroun pour lancer leurs piques. «Quand on observe ce qui se passe dans le cadre des PPP, on est bien loin de l’esprit et de la lettre de l’article 2 de la loi n° 2006/012 du 29 décembre 2006 portant régime général des contrats de partenariat. Cet article recommande bien de faire recours au PPP dans le cadre des projets d’une très grande envergure tech- nique et financière», souligne Clovis Takeudeu, opérateur économique spécialisé dans le BTP.
«Nous avons conscience que la situation budgétaire et financière du Cameroun est très délicate avec un ni- veau de dettes et de déficit public qu’il est indispensable de corriger. Nous déplorons cette situation qui nous conduit, la plupart du temps, à hypothéquer l’avenir pour assumer nos échéances d’en- dettement à court terme. Les entreprises ne peuvent pas indéfiniment combler les trous d’une sphère publique incapable de se réformer et de s’adapter à la réalité éco- nomique que nous affron- tons», fulmine Alhadji Ben Awal. Pour cet opérateur éco- nomique venu de la région de l’Extrême-Nord, «malgré cette situation inédite avec des marges de manœuvre li- mitées, il est essentiel de pré- voir des ajustements sur notre modèle de PPP afin d’en li- miter les impacts récessifs pour les entreprises».
Dans le propos se profile une émotion qui participe au ras-le-bol des promoteurs de PME. Cela étant, des voix pointent un problème d’iden- tification du type de projet à réaliser en PPP. A écouter Hilaire Djamen, (opérateur économique basé dans la ré- gion de l’Ouest) par exemple, tout porte à croire que les gouvernants préfèrent réaliser des projets mal ficelés au départ par l’endettement ou le budget d’investissement pu- blic, ce qui leur donnent plus de marge de manœuvre en matière de rétrocommissions. Au-delà, certaines adminis- trations le feraient en toute connaissance de cause, dans le but de saboter les PPP. «Nous ne voyons aucune stratégie claire de simplifi- cation, de meilleure réparti- tion des compétences ou de recherche de complémenta- rité. Nous subissons seule- ment la superposition d’en- tités administratives contrai- gnantes que nous finançons toujours davantage. Poursui- vre dans cette voie, cela si- gnifierait étouffer durable- ment notre secteur productif et globalement notre écono- mie, qui sont à l’origine de la création de richesse de no- tre pays», signale Hilaire Dja- men.
Bobo Ousmanou