Le 16 octobre 2024, la chaîne de télévision AFO a interrogé l’ancien président Laurent Gbagbo. C’est sans langue de bois et (parfois) en souriant que l’invité de marque a répondu à la plupart des questions posées par le talentueux journaliste camerounais Alain Foka

La mémoire du woody est restée intacte non seulement pour les douloureux événements qu’il vécut avec tant d’autres Ivoiriens mais aussi pour le latin appris jadis au Petit Séminaire Saint-Dominique Savio de Gagnoa puisqu’on l’a entendu dire qu’il ordonna « illico presto » la nationalisation des banques étrangères lorsque la France voulut se servir de la fermeture de ces banques pour pousser la population ivoirienne à la révolte contre lui et que son adversaire croyait que lui, Gbagbo, resterait à La Haye « ad vitam æternam ».
Ces remarques de forme ayant été faites, voici les passages que j’ai aimés le plus dans les réponses du vainqueur de l’élection présidentielle de 2010:
1) « Je pose un bon regard sur les pays de l’AES ».
2) « Quand vous n’êtes pas capables de vous mettre ensemble pour trouver des solutions aux problèmes qui se posent, ne vous étonnez pas que les gens vous quittent. La CEDEAO est devenue un instrument de propagande de la France ».
3) « Est-ce que ce n’est pas honteux que, à Addis-Abeba, le siège de l’UA soit construit par une puissance étrangère [la Chine]? »
Quand Sarkozy et Obama lui proposaient des avantages de toutes sortes s’il laissait le pouvoir, « je les ai envoyés balader plus vigoureusement que Robert Bourgi ne l’a dit parce qu’il y a des choses avec lesquelles je ne peux pas jouer: la liberté de mon pays, l’indépendance de mon pays. Je n’attends pas que quelqu’un, parce qu’il est assis à l’Élysée, puisse désigner un chef d’État en Côte d’Ivoire. Je ne peux pas accepter ça ».
4) Gilbert Aké Ngbo (Premier ministre), Désiré Dallo (ministre de l’Économie et des Finances), Koné Katinan (ministre délégué au Budget) et moi, tout le monde a pris 20 ans [pour un prétendu braquage de la BCEAO alors que je devais payer les salaires] mais, après, les autres ont été amnistiés. Le chef des accusés [Koné Katinan] est amnistié et moi qui viens en dernière position, je ne le suis pas. Pourquoi? »
5) « Je vais me battre jusqu’à la fin de ma vie parce que les combats des Nkrumah, des Lumumba, ce n’est pas achevé ».
6) « À Guillaume Soro et à ses amis, j’ai dit: Vous me combattez pour quelqu’un que vous ne connaissez pas ».
Comme le phœnix qui renaît indéfiniment de ses cendres dans la mythologie grecque, Laurent Gbagbo reviendra-t-il au pouvoir? Réalisera-t-il le même exploit que Lula da Silva au Brésil? Une chose est certaine: malgré les mauvais traitements que la France et l’ONU lui ont fait subir, l’homme n’a perdu ni sa combativité ni sa détermination ni son franc-parler.
Jean Claude Djéréké