Filière bois : dans les coulisses du marché noir à Yaoundé

Pourtant interdites de commercialisation, des essences telles que le Bibinga, sont transportées et vendues dans des circuits officieux. Immersion dans quelques dépôts de bois de la capitale.

La demande de bois dans divers secteurs de l’économie est sans cesse croissante en raison de la forte urbanisation de la mégapole. Importante superficie dans le bassin du Congo, les acteurs de la filière, notamment les vendeurs en détail peinent à tirer leur épingle du jeu à cause de nombreuses restrictions et interpellation par des agents des eaux et forêts et autres hommes en treillis.
Pour dissimuler les essences désormais interdites comme le Bibinga, Suzanne a mis sur pied une technique spéciale. Celle-ci consiste à enduire les planches de gamofel. Avec l’aide des scieurs, d’autres produits non prohibés sont posées au-dessus des planches précieuses.
Malheureusement, ce dimanche 23 juin 2024, elle se fait démasquer par la brigade de contrôle d’Elat (Mefou-et-Afamba), en voulant faire parvenir les planches jusqu’à la localité de Nkoabang, plus proche de la ville de Yaoundé. Cette fois, le parfum du gamofel n’a pas pu dissimuler celui des essences de Bibinga détecté par les contrôleurs.

Négociations
Sachant qu’elle est en infraction, Suzanne essaie de négocier et les agents se prêtent au jeu. Sauf que, ceux-ci exigent une forte somme d’argent. Au final, la femme se plie aux exigences, par peur des représailles. «Je finis par sortir 200 000 FCFA pour faire sortir son camion de bois», confie-t-elle. Et arrivée dans son entrepôt, la vendeuse, pour amortir la somme précédemment déboursée, augment les enchères. Son butin, elle le vend au marché noir. Il faut donc débourser la somme de 18 000 FCFA pour acquérir une planche de Bibinga chez Suzanne.

Parrainage
Dans son dépôt de Nkomo, dans le 4? arrondissement, Jean (nom d’emprunt) expose ce qui est appelé dans le coin «simple bois». Sur les étals, on ne voit que le bois de coffrage et les planches dites «bois blanc». Pourtant, ce ne sont pas les seules essences dont il dispose. Dans les tréfonds de son entrepôt, sont scrupuleusement enfouies des planches de «bois précieux». Et pour l’obtenir, apprend-on, il faut le parrainage des démarcheurs et les menuisiers qui en tiennent le «gombo».
Philippe n’est pas convaincu de la qualité de bois des cercueils proposés par les pompes funèbres. Il décide d’honorer son père en faisant fabriquer un cercueil en Bibinga. Il est conduit par un grand nom du milieu dans le dépôt de Jean. Il négocie la planche de Wengué à 18 500 FCFA, au lieu de 20 000 FCFA. Interrogé sur cette forte hausse du prix de la planche, Jean, explique que dans ce montant, se trouve la taxe spéciale que demandent les agents des Eaux et forêts. «S’il y a une descente de la brigade de contrôle, on risque de sceller mon entrepôt si on trouve des essences interdites», se justifie-t-il. Evelyne, sa collègue, s’attelle à dénoncer les mesures restrictives, «on interdit l’utilisation de certains bois, mais on l’exporte. Chaque jour, des billes de Bibinga, Wengué vont hors du pays. Comment on fait pour vivre», décrie-t-elle.

André Gromyko Balla

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

WP Radio
WP Radio
OFFLINE LIVE
Retour en haut