Sans verser d’autres éléments dans le «dossier», la Banque centrale réaffirme son rôle.
Rarement, on a vu des banquiers débarquer dans une possible définition du journaliste. Que l’un d’eux s’y essaie en cet après-midi du 24 juin 2024, voilà qui permet aux hommes et femmes de médias de bien tendre l’oreille. «Journaliste. Homme secourable qui vous prête un parapluie quand il fait beau, et vous le réclame dès qu’il commence à pleuvoir», ironise un haut cadre de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac). La scène se déroule à l’immeuble-siège de l’institution financière à Yaoundé. Dans le hall principal, les hommes et femmes de médias choisissent de prendre les mots de «l’argentier» par leur esprit plutôt que par leur lettre. Ce d’autant plus qu’en conférence de presse, quelques minutes plutôt, ils ont interpelé le gouverneur de la Beac sur un sujet hautement sensible: la circulation d’un milliard et demi de FCFA au niveau de l’espace frontalier Cameroun-Gabon-Guinée Équatoriale.
À cause de cette actualité qui implique l’un de ses cadres, la Banque centrale se sent chahutée dans les tournures de la question d’un journaliste. Avant d’y répondre, Yvon Sana Bangui s’offre de longues secondes de silence. Servie par la conjonction de multiples éléments dont dispose la presse au sujet de la circulation de faux billets dans la zone dite des Trois Frontières, l’ambiance est lourde. Tout en restant discret, le gouverneur de la Beac propose une explication synthétique et claire du rôle de l’institution dont il préside aux destinées. Il place le tout dans un large contexte des faits mis en lumière par le scandale de circulation de la fausse monnaie relayé par la presse. «La première mission statutaire de la Banque centrale, déclare Yvon Sana Bangui, c’est celle d’émettre des billets et des pièces d’un cours légal et pouvoir libératoire. Je voudrais dire ici que la Beac accorde une importance capitale dans la conduite de l’émission monétaire. D’ailleurs, elle y met tous les moyens pour sécuriser les signes monétaires».
Petite plage de silence…
Et la suite offre de nombreuses ressources pour le sous-entendu. Selon le gouverneur de la Beac, «si la question posée probablement avec l’actualité qui concerne les faux billets en circulation au niveau des frontières Cameroun-Gabon-Guinée Équatoriale, il faut dire que la Beac prend des mesures fortes pour préserver les signes monétaires dans notre zone. C’est pour cela que vous verrez qu’en 2022, nous avons changé de gamme; avec une nouvelle gamme de monnaie qui intègre de nouvelles technologies de sécurité. Mais les faussaires emploient des méthodes rudimentaires de photocopie. Et pour nous, en plus des efforts de la Banque centrale, nous collaborons étroitement avec les autorités de la police pour pouvoir traquer, pas seulement les faussaires, mais aussi les trafiquants de ces billets. Parce qu’il en va de la stabilité monétaire que nous assurons en première ligne de notre mission».
Jean-René Meva’a Amougou