L’embellie de la situation de cette institution communautaire reste néanmoins possible.

Vous venez de présenter une thèse sur la CEEAC, peut-on avoir un condensé de la thématique développée ?
Ce que nous pouvons retenir de cette thèse c’est que, premièrement la CEEAC est une institution, la plus grande, la plus représentative d’Afrique centrale. Depuis qu’elle a été créée, de 1983 jusqu’à nos jours, elle existe mais elle connait des difficultés et ces difficultés méritent d’être mieux étudiées et maitrisées de manière approfondies, afin d’y trouver des solutions durables. L’intérêt de cette thèse c’est d’apporter une contribution pour pouvoir amener cette organisation à se pérenniser, se stabiliser et s’institutionnaliser.
Vous utilisez une image pour parler de la CEEAC. Vous la décrivez comme un bébé prématuré qui a toujours besoin de soins d’urgence. Pouvez-vous décrire les problèmes de cette institution ?
C’est une image que j’ai utilisé dans mon argumentaire pour dire que cette institution a été créée dans des conditions difficiles. Elle est d’ailleurs née avec beaucoup de problèmes et la plupart de ces problèmes n’ont jamais été résolues jusqu’à présent. En suivant l’actualité de la sous-région, on se rend bien compte que la CEEAC a des problèmes institutionnels ; qui se traduisent notamment par des difficultés d’appropriation de l’essence de cette organisation par les Etats-membres et par les populations de la région. Ensuite il y a les problèmes de fonctionnement et de financement. Le financement de ses activités est un gros problème alors même que les Etats et les peuples de la région attendent beaucoup de cette organisation. Mais elle a des difficultés à pouvoir atteindre ses objectifs compte tenu de ses limites financières.
Parlant des finances de la CEEAC. Comment comprendre que près de 40 ans plus tard, le mécanisme de fonctionnement de cette institution peine à se mettre en place ?
C’est l’un des aspects de cette thèse. Essayer d’étudier pourquoi, à un moment donné, le mécanisme de financement qui a été choisi par les Etats-membres en 2004 n’est pas appliqué de manière totale par ces mêmes Etats-membres ; au point où l’organisation dépende en grande partie des partenaires. Or les partenaires, quand, ils financent une organisation, ont leurs conditionnalités et tout ça fait que c’est très difficile pour l’organisation d’atteindre ses objectifs.
Que doit-on finalement attendre d’une organisation qui peine elle-même à survivre ? Peut-on croire à une intégration portée par elle ?
Bien sûr puisque les textes prévoient déjà tout ça mais c’est la mise en œuvre qui pose un problème. Déjà l’intégration régionale est une variable par laquelle les Etats doivent passer pour réaliser leur développement économique. L’intégration est déjà établie ainsi comme une voie pour atteindre le développement économique et social de nos Etats. Or, comment comprendre dans ces conditions que l’organisation qui a le plus grand mandat ait autant de difficultés depuis 41 ans environs, et que ces mêmes difficultés, depuis 83 ne soient pas résolues. On ne doit cependant pas désespérer même si la situation ne manque pas d’être inquiétante. La CEEAC n’est d’ailleurs pas la seule organisation qui a ce genre de problèmes dans la région. C’est pourquoi il faut travailler là-dessus.
Quelles pistes de solutions explorez-vous dans votre thèse ?
La première idée c’est la bonne appropriation de l’intégration régionale parce qu’on a parfois l’impression qu’elle est parfois considérée comme une option. Or c’est une voie. Le monde même dans lequel nous vivons est régionalisé et c’est pourquoi les acteurs au développement traitent dorénavant plus avec les régions. Il faut d’abord s’approprier et ensuite ériger l’intégration régionale en priorité dans les politiques publiques de nos Etats. Cela n’est pas encore totalement le cas. Voilà pourquoi nous proposons d’inscrire, comme cela se fait ailleurs, l’intégration régionale dans les constitutions comme une politique publique de nos Etats. C’est cela la constitutionnalisation de l’intégration.
Vous appelez par ailleurs à la réactualisation de la CEEAC mais la rationalisation des communautés en constitue une voie. Comment comprendre sa réserve face à ce processus ?
La rationalisation a été initiée par la CEEAC. Souvent l’on a tendance à l’oublier et quand les gens en parlent ils font comme si ce processus est extérieur à la CEEAC ; sauf qu’il est important de bien conduire ce processus avec une approche qui prend en compte toutes les positions des acteurs dans la région, notamment de tous les Etats. C’est très important. Aucun Etat dans la région ne devrait être mis de côté. L’idéal pour le dossier de la rationalisation c’est que tous les Etats-membres adhèrent sans hésitation parce que dans le cas contraire, la rationalisation elle-même peut connaitre les mêmes problèmes que les organisations régionales actuelles connaissent. C’est ça le problème de la CEEAC parce qu’il y a une différence entre le fait d’instituer et le fait d’institutionnaliser. L’institutionnalisation est un processus qui prend du temps. Voilà pourquoi il est important même dans le cadre de la rationalisation que l’approche, la méthode soit très intelligente et globalisante. Et qu’elle prenne en compte toutes les idées possibles afin de ne pas retomber dans les mêmes travers. Je le disais tantôt, la CEEAC n’est pas la seule dans la région à connaitre ces problèmes institutionnels. Si on ne règle pas ces problèmes de fonds, on risque de créer une nouvelle communauté et de connaitre les mêmes difficultés. Certains Etats qui ne veulent pas s’engager réellement dans l’intégration régionale, qu’est-ce qui garantit qu’ils le feront à la création d’une seule communauté ? Rien du tout.
Interview menée par
Louise Nsana