C’est Dieu seul qui nous garde

Dis-moi où tu manges et je te dirai comment et avec quels ingrédients sont concoctés tes repas. Là, nous parlons de ce que nous consommons dans la rue, où la proximité et l’abondance des plats donnent le tournis.

Parés de leurs plus beaux atours, les menus se donnent la main dans une farandole infernale. Et leur séduction est d’autant plus irrésistible qu’ils portent tous dans un coin de notre tête le label «nourriture de chez nous». Nos grands appétits sont les révélateurs éclatants de notre rapport ordinaire à la nourriture du terroir, marquée par le binôme «quantité-prix», auquel peu d’entre- nous échappent. Tyrannie de la pauvreté oblige, la liste de gros plats que nous commandons à vil prix s’allonge en même temps que des histoires inédites. Ces derniers temps, l’opinion publique nationale dégaine sur la communauté des restaurateurs. Ces derniers sont épinglés et pilonnés dans les réseaux sociaux où, de façon systématique, il est accepté que des choses pas très bonnes se déroulent dans nos cuisines.

Depuis quelques semaines, le Cameroun s’est pris à entendre tout au sujet d’une jeune restauratrice qui, dans l’une de nos grandes villes, s’est offert un curieux plaisir. Parce que la description de ce plaisir heurte les épithètes et les attributs dont se servent les personnes polies, on dira tout simplement que ce plaisir est sadique. Sadique sur le plan moral, sadique sur le plan nutritionnel, sadique sur le plan commercial. Vous l’aurez deviné, nous parlons de cette jeune restauratrice qui, pour des raisons que nous ignorons, mixe dans une marmite des urines avec un aliment destiné à la consommation humaine.
Mais seulement voilà! Ce n’est pas le premier cas. A Douala, à la fin des années 90, une dame avait été arrêtée par la police de la ville. Elle avait été accusée d’avoir préparé et vendu des légumes dans lesquels se trouvait un placenta. A Bonabéri, toujours à Douala, en mars 2001, un homme pris en flagrant délit d’utilisation et de vente de cocaïne dans du vin de palme avait publiquement été molesté à mort par ses clients. Ces quelques histoires rappellent ce que beaucoup d’entre nous évitons de nommer, au nom du principe selon lequel «c’est Dieu seul qui nous garde».


Et parce que Dieu nous garde justement, faut-il croire que ces pratiques n’ont plus rien d’inédit? La question oblige à analyser avec beaucoup d’équilibre les multiples facettes du problème: aspects moraux, dimensions sanitaires, éléments anthropologiques… Et le cas que nous évoquons suffit pour nous interroger sur les conditions d’hygiène tout autour de ce que nous consommons dans la rue, dans les «tourne-dos», restaurants et hôtels, où aucun miracle n’est censé nous protéger des recettes taboues de ceux qui veulent faire du chiffre à tous les prix. Sont donc taboues des choses auxquels nous nous interdisons de croire en temps normal, mais que nous dévorons avec appétit. C’est un cercle vicieux: plus ces choses sont «puissantes», plus le restau marche, plus le tenancier ne fait que nous rendre plus proches de lui, donc plus dépendants de ce qu’il nous propose à son menu, et plus les résultats dévastateurs sont ignorés jusqu’au moment où elles sont mises à nu. Bien entendu, il n’est pas dit ici que partout ces conditions d’hygiène sont plus proches de zéro. Non! Ce que nous disons est strictement traduisible selon le contexte que nous avons décliné à savoir l’entrecroisement sensible entre la morale, le commerce, la dignité du commerçant et celle du client, ainsi que la dignité humaine.

Jean-René Meva’a Amougou

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

WP Radio
WP Radio
OFFLINE LIVE
Retour en haut