Autoroute Douala-Yaoundé: les mille et une nuits d’un projet alambiqué

L’ouvrage encore en cours de réalisation connait déjà des dégradations, révèle une correspondance du ministre de l’Administration territoriale ce 21 août 2024.

Autoroute Yaoundé Douala

Un nouveau narratif a cours au Cameroun en lien avec la construction d’une autoroute entre Yaoundé et Douala, les deux capitales du pays. Il concerne l’interdiction de circulation apposée aux conducteurs d’engins lourds par le ministre de l’Administration territoriale. Dans une correspondance ce 21 août 2024, Paul Atanga Nji saisit le gouverneur du Centre de l’implémentation de cette instruction sur le tronçon Yaoundé-Boumnyebel. Lequel constitue à ce jour la voie la plus rapide pour rallier la capitale politique à cette localité, soit une trentaine de minutes. La raison: ces derniers sont semble-t-il à l’origine de la «dégradation de l’ouvrage encore en cours de réalisation et pas encore réceptionné», évoque le membre du gouvernement.
En cours de réalisation. L’expression peine à fixer l’intervalle de temps mis à la construction de cette infrastructure routière longue de 196 km. Laquelle a débuté en 2014 pour une durée initiale de quatre ans et un coût de 339 milliards de FCFA. Il a fallu attendre 2021 pour l’ouverture des 60 premiers kilomètres, soit le tronçon Yaoundé-Bibodi, à la circulation. En outre, si le montant estimé avait fait couler beaucoup d’encre quant à sa valeur supérieure à des projets similaires dans d’autres contrées – la deuxième phase, Bibodi-Edea, 136 kilomètres – est entamée pour une enveloppe de 812,8 milliards FCFA.
Cette sortie du ministre Paul Atanga Nji s’ajoute et complète la liste des épisodes épiques de cette aventure infrastructurelle. Comment oublier dans ce cas la polémique née en 2020 autour de la progression de ce chantier. Le pot-aux-roses est alors mis en évidence par les médias français TV5 Monde. «La puissante compagnie chinoise du BTP en charge du projet dit ne pas avoir l’argent nécessaire pour poursuivre les travaux», apprenait-on au détour d’un reportage sur les retards accusés par dans l’exécution des travaux. De quoi raviver la flamme d’un débat populaire après deux prolongations des délais de 12 et 14,5 mois. Les raisons officielles évoquées pour calmer l’ardeur populaire ont concerné la survenue de la crise sanitaire de Covid-19 et son lot de perturbations, la lente libération des emprises. Ce dernier point, on ne l’ignore point, a souvent été le corolaire d’une gestion opaque des indemnisations des populations affectées par le projet. Elle a constitué, dans ce cas précis, un rebondissement dans le narratif de la construction de l’autoroute Douala-Yaoundé. Depuis 2023, des riverains de cet axe routier réclament leurs indemnisations. Certains de ces frondeurs sont localisés dès les premiers kilomètres du linéaire aménagé. «Nous tournons autour de 2,196 milliards FCFA. On a déjà payé une bonne partie en direction des bénéficiaires qui étaient sur la partie utile des travaux. Les populations qui étaient en retrait n’en n’ont pas bénéficié. Mais le prochain exercice, c’est pour les désintéresser», déclarait Emmanuel Nganou Djoumessi, ministre des travaux publics, à l’occasion d’une rencontre avec les populations en octobre 2023. Malgré les assurances du membre du gouvernement, un nouveau soulèvement populaire a eu lieu en janvier dernier.

Louise Nsana

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