Affaire du bébé jeté dans la fosse à Bafoussam: conséquence ou défaillance d’un système?

L’acte criminel survenu dans la capitale régionale de l’Ouest la semaine dernière met à découvert l’absence d’une prise en charge psychologique en amont de la mise en cause, âgée de dix ans seulement.

Scène d’horreur de plus au Cameroun. À Bafoussam, dans la région de l’Ouest, une fillette âgée de dix ans seulement, trouve le courage de jeter un bébé de deux ans dans la fosse septique. La scène se déroule dans un orphelinat au sein duquel la fillette a été accueillie quelques mois plus tôt. L’intervention «tardive», indique Canal 2 international, de la brigade des sapeurs-pompiers la plus proche, permettra tout de même d’extirper le corps sans vie du petit ange.
Question: comment en est-on arrivé là? L’une des responsables de la structure d’accueil des enfants orphelins croit avoir une réponse. Au micro des confrères de Canal 2 International, elle fait savoir que cela pourrait bien être la conséquence de multiples traumatismes qu’aurait subis l’enfant dans une affaire de viol datant d’environ trois mois. Selon Didier Demassosso, il est bien possible que ces troubles aient effectivement laissé des traces indélébiles dans la tête de la petite. «Les victimes de violence sexuelle telles que le viol peuvent ou pas être traumatisées. Dans le cas où elles ont été traumatisées, elles souffrent d’un stress post-traumatique. Cela se caractérise par des comportements dont la dissociation où elles ont le sentiment de ne pas être dans la réalité. Elles peuvent entendre des voix ou avoir des idées incohérentes. Cet état peut entrainer des maladies comme la schizophrénie, à tel point que le sujet se déconnecte de la réalité et a des hallucinations, c’est-à-dire qu’elle voit ce que les autres ne voient pas, elle peut ressentir des sensations que les autres ne ressentent pas, elle peut entendre des voix», explique le psychologue clinicien, expert en santé mentale. Ainsi, argue-t-il, ce serait l’une de ces voix qui aurait indiqué à la petite fille de la dizaine d’années de jeter le bébé dans la fosse.

Seulement, fait savoir l’expert, les choses auraient peut-être été différentes si la jeune fille à l’origine de cet acte macabre avait bénéficié d’une prise en charge psychologique, d’un soutien médical et d’un soutien psycho-légal 72 heures après la survenue du viol. Ceci lui aurait permis de se stabiliser. Malheureusement, le fait pour cette enfant d’avoir jeté le bébé dans la fosse trahit un manque de suivi psychologique adéquat et suffisant. Cela remet par ailleurs au gout du jour la question de la constitution des orphelinats et autres établissements destinés à l’accueil des enfants en détresse, qui, ajoute le psychologue, devraient disposer d’un service de prise en charge psycho-légal.

Joseph Julien Ondoua Owona

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

WP Radio
WP Radio
OFFLINE LIVE
Retour en haut