Après avoir bradé la terre ferme, les autochtones jettent leur dévolu sur les zones marécageuses.
Pour Philippe, la loi de 1974, faisant des zones marécageuses des domaines privés de l’État, n’est pas au-dessus de celle de ses ancêtres. Au Village Minkan, sur les bordures de la rivière Mefou, ce natif du coin procède au remblai du marécage d’une superficie, estimée selon lui, à 4 hectares. «Il faudra débourser au minimum 40 000 FCFA le M2 pour parler avec moi», prévient le promoteur immobilier. Le terrain marécageux a la même valeur financière voir plus que celui situé sur de la terre ferme. Même s’il connait les retombées que cela peut impliquer, il ne s’en préoccupe guère. Ce qui l’intéresse plus que tout, c’est le profit qu’il peut en tirer.
Au lieudit Sun City à Yaoundé, des vrombissements de moteur se font entendre à longueurs de journée. Des camions, des Caterpillar et des compacteurs dictent leur loi. L’auteur de ce concert, s’appelle Aubin M. Il procède au remblai du marécage se trouvant derrière la concession familiale. Au vu de l’étendue de l’espace, ses voisins subiront ces vacarmes pendant aux moins 3 semaines. À peine exploitable, l’espace en cours de préparation pour la construction des habitations et autres attire déjà la convoitise de ses cousins, Thierry et Jean. «Ce marécage est la propriété de tous nos parents. Alors nous devons nous asseoir pour trouver une solution», lance Jean, le chef de l’une des familles. Ce discours ne passe pas auprès d’Aubin. Il a investi son argent pour rendre le marécage exploitable. Pour lui, c’est un sacrifice qui lui donne tous les droits sur les lieux. «Ce marécage se trouve derrière la maison de mes parents. Vous êtes à 200 mètres d’ici…», rétorque Aubin. Il a déjà élaboré le partage avec ses partenaires. Ces derniers occupent de hautes fonctions dans l’administration camerounaise. «Je donne 50% de la superficie à mes soutiens et financiers. Dans nos 50%, j’aurais 30%. Mon frère et mes sœurs prendront le reste», murmure celui qui se dit propriétaire dudit marécage.
À Mekenseur, le marécage est également au menu des débats entre membres d’une même famille, mais l’ambiance trahit une scène d’hostilité. Il s’agit d’un conflit ouvert, obligeant les forces de l’ordre à intervenir. À l’origine, le partage du marécage «appartenant» à la famille A. Les trois filles de la famille estiment avoir été oubliées dans le partage du marécage. Pour empêcher le passage des camions transportant la terre, elles se couchent sur la route emménagée pour la circonstance. Ce qui perturbe fortement le processus de remblai ce jeudi 18 juillet 2024. «La location d’engins coûte 1.300.000 FCFA la journée. Vous allez rembourser cette journée perdue», préviens le chef de chantier furibond. Il est contraint d’appeler la sécurité. Pour ne pas envenimer la situation, une solution provisoire est trouvée. Les membres de la famille s’accordent à laisser les travaux continuer. Mais des séances de discussion sont annoncées pour régler le différend familial.
André Gromyko Balla